Projet BD en ULIS et en ITEP

Dans le cadre du concours de BD à destination des élèves en situation de handicap, ils ont créé deux BD. Ils étaient fières du résultats.

On se limite la plupart du temps dans l’analyse des bandes dessinées non seulement à reconnaître des procédés mais à les quantifier (combien de cases ? combien de gros plans ? combien de sortes de bulles ?.). C’est desséchant et ennuyeux. En BD, pas plus qu’ailleurs, on ne doit se cantonner à l’apparence et rester à cette sempiternelle facilité qui consiste à séparer le fond et la forme. La BD est un art du récit qui se construit au moyen de mécanismes spécifiques dont on doit faire l’examen sans jamais négliger d’observer comment ils participent à la narration. Un gros plan n’est rien si on ne dit pas ce qu’il apporte de sens dans un contexte précis. Une interjection, un lettrage, un cadrage, un découpage n’ont de sens que dans ce qu’ils contribuent à montrer et à transmettre. Ce sont tous ces effets de sens qui comptent. Et c’est en les observant qu’on apprend ce que sont ces procédés, pas en les comptabilisant.

Des codes sans cesse transgressés

Par ailleurs, la BD n’est pas un ensemble de codes à la signification définitivement établie ou de figures conventionnelles et immuables. Il ne saurait y avoir de rhétorique stable pour la décrire. De la même façon, les auteurs variant sans cesse les règles de narration, ou déréglant  ce qui peu à peu s’imposait comme règles, il n’est pas question non plus de parier sur une syntaxe parfaitement huilée et répétitive pour l’appréhender. Malgré le travail des sémiologues qui ont cru découvrir les traits morphologiques d’un art que les auteurs avant eux avaient inventé, ce sont toujours les auteurs qui les remettent en cause, en jeu.

Un récit-spectacle

L’analyse formelle d’une production du Neuvième Art nourrit l’analyse narrative.

La BD est certes un art du spectacle (ce qui se regarde) mais elle est avant tout un art du récit. Cet art du spectacle narratif visuel est un art de la case, de la bande, de la planche sans qu’on puisse affirmer sans se tromper que créer une planche soit un art supérieur à celui de construire une case.

BD a du style

Savourer les effets de style!

La BD constitue en effet un champ artistique ouvert, libre, où se créent chaque jour de nouveaux écarts par rapport aux normes et aux inventions précédentes. Tout auteur stylise, plus ou moins, soit par rapport aux procédés utilisés par ses confrères soit par rapport aux procédés neutres qu’il s’impose et aux « effets de style » qui en découlent dès qu’il s’en écarte. Ce sont ces différences, ces décalages que chaque auteur met en œuvre qu’il est bon d’observer. C’est dire combien la connaissance de quelques notions historiques propres à l’histoire de la BD serait nécessaire pour toute approche d’œuvre.

Styliser c’est l’art de personnaliser, d’adapter, de transformer, c’est l’art d’échapper aux normes et aux codes. Tous les éléments textuels et visuels d’une bande dessinée participent à l’écriture de l’histoire. Tout est signe et tout signe fait sens, et notamment, toute modification du signe.

Effets de style, effets de sens

Dans l’étude d’une BD, il ne s’agira donc pas seulement de décrire ces effets graphiques mais de voir comment à tout instant, étant au service du récit, ils sont indissociablement des effets narratifs ou, plus généralement, des effets rhétoriques. Certains procédés font plus d’effet que d’autres (domination esthétique) mais l’essentiel ce sont les effets de sens qu’ils produisent dans le récit et les valeurs narratives qui en découlent. La lecture d’une bande dessinée est le fruit d’un réseau d’écritures qui se complètent, se pénètrent, et la lecture d’un réseau de signes, d’effets, qui trament, tissent, construisent peu à peu l’histoire, toute l’histoire.

Et d’abord, par amour du trait

Aimer la BD, c’est aimer le récit et les images, c’est aimer quand les images se mettent à « réciter » et quand les mots se font images ou les nourrissent. Pour aimer la BD, il faut d’abord aimer regarder un dessin et prendre plaisir à voir les mots vivre et vibrer. Il faut avoir le goût du trait et ressentir cette émotion qui naît d’une personnage ou d’un décor crayonnés ou encrés.

Outils pour décrypter une œuvre d’art

 

On emploie indifféremment « bande dessinée » ou « BD », plus rarement « bédé » ou « B.D. »Depuis le catalogue de l’exposition historique de 1967 aux Arts Décoratifs, la notion de « narration figurative » (qui valorise le récit par opposition à « figuration narrative » qui favorise l’image) a fait également son chemin pour désigner cet art narratif imagé à nul autre pareil.

Un art inclassable ?

La BD est totalement un art totalement hybride, mélant volontiers le dessin et l’écriture, le visible et le lisible, échappant par sa nature hétérogène aux classifications rigoureuses. Elle est de fait encore dévalorisée pour cette raison.

Des codes originaux

Tous les arts ont créé leurs propres règles et leurs propres codes. La BD utilise certains d’entre eux concernant notamment la composition (l’organisation de l’espace) et la couleur (art pictural), les plans et les cadrages (arts pictural et photographique), les codes du récit (art littéraire), etc. La BD, message « pluricodé », est également un art qui compose avec des moyens idéographiques (sons, mouvements, émotions) ce qui en fait un art inventif et original. Le réduire à un arsenal de techniques est une vision dépréciative et injustifiée.

 

Textes et effets de textes

« Bulle » s’est imposé pour désigner ce qui enveloppe les paroles des personnages.

« Phylactères ». Ce mot savant fut un temps à la mode pour désigner les bulles. A l’origine il s’agit des cartouches (souvent de rubans) proches de la bouche et contenant des paroles représentés sur les parchemins ou dans les tableaux religieux du Moyen Age, peints ou sculptés (le Bois Protat, par exemple, datant de 1370).

« Ballon » ne se dit plus guère.

 

La bulle est devenue un signe emblématique représentant le Neuvième Art. Pourtant, la bulle ne définit en rien l’art de la BD. Elle en est un procédé très couramment utilisé mais pas indispensable pour créer une bande dessinée, ni même pour insérer des paroles dans une case.

La case, unité minimale

La case est l’unité minimale de la bande dessinée. Pour autant, il ne s’agit pas d’une unité indépendante car une case n’est jamais seule. La notion de « série de cases » est indispensable pour parler de « bande dessinée » (il faut au minimum deux cases). C’est pourquoi on a qualifié l’image BD d’image « séquentielle » puisqu’elle n’existe que par et pour une séquence d’images, comprenant au moins celle qui la précède et  ou celle qui la suit.

La case comme segment narratif

La case n’est pas un récit; elle contient indiscutablement du récit. Elle est de ce fait, plus ou moins narrative, c’est à dire porteuse d’éléments qui racontent, autrement dit d’événements. Chaque case est une pièce d’un puzzle narratif. Isolée de sa série, la case est pourtant en soi un tout structuré, observable et « appréciable », proposant au regard un spectacle suggérant un parcours de lecture. Certaines de ces pièces ont une indéniable autonomie esthétique ou dramatique (de la même façon qu’on peut isoler une phrase de roman) mais elle reste foncièrement un fragment de récit imposant par nécessité technique et par souci narratif des ponctuations, des respirations et donc un rythme.

Toute case est sélection, toute case est section (au sens de sectionner) constituant un élément d’une chaîne narrative rappelant par son contenu des informations déjà connues et appelant par ce même contenu de nouvelles informations.

La case comme unité spatio-temporelle

La case propose un champ de vision et un point de vue, un espace défini non pas arbitrairement mais pour répondre à des intentions narratives. Le récit est le premier commandeur de cases, c’est à dire de représentations spatio-temporelles, constituant peu à peu l’histoire avec ses dits (ce qu’on nous dit et nous montre) et ses non-dits (ce qui n’est ni dit, ni montré).

Du jeu des cases à l’art des bandes

Si la case est un segment d’histoire plus ou moins narratif, c’est associée à d’autres qu’il « fonctionne ». La solitude lui est interdite. Elle constitue une pièce d’un jeu de construction qui en compte au moins deux. Juxtaposées, deux cases se réfléchissent et s’enrichissent du contenu, des formes et des effets de leur voisine. Le creuset que représente chaque image où l’on distille diverses informations, quelquefois parallèles au sein de la case, quelquefois imbriquées et complexes, ce creuset évolue au fur et à mesure qu’on découvre chacune des cases. A la relecture, un simple retour en arrière d’une case ou deux, et la perception de ce creuset n’est déjà plus la même.

Si le duo d’images constitue l’espace minimum de narration, la BD a tout à gagner du trio, l’ensemble formant une bande où l’image centrale se dote des avantages et des nécessités de l’avant et de l’après.

Au fur et à mesure de sa lecture linéaire (de case en case), le lecteur se rend compte qu’il est à chaque fois, dans chaque image, au cœur d’un réseau d’images (qu’on dit « tabulaire ») qui tisse sa toile et y retient le lecteur. Après des débuts statiques (cadres et plans invariables) la BD a compris qu’elle pouvait jouer à tous les niveaux : jouer des cadrages, jouer des plans, jouer du format des cases… Et que ces jeux offraient une variété visuelle qui faisait de la BD un art du spectacle. Le jeu ne faisait que commencer : jeux de décors dessinés ou non, jeux de points de vue, jeux de construction des bandes entre elles, jeux de l’espace de la planche Du jeu à l’art, la BD s’offre sans cesse de nouvelles exigences narratives et esthétiques intimement mêlées. Loin de ne fuir qu’une monotonie visuelle, loin de rechercher la variété à tout prix, la BD tout entière est dans une volonté d’animation visuelle et de stimulation intellectuelle porteuses d’histoire.

Une planche = une page ?

Une planche, c’est la page de BD qui tire son nom de la « planche à dessin » où elle a été créée. La planche est à la fois l’original réalisé par le dessinateur (souvent à un format différent de celui de la publication) et sa reproduction publiée dans un magazine ou un album. La planche est reproduite sur une page mais ne se confond pas toujours avec elle. Le statut de la planche n’est pas celui de la page du livre où la valeur du mot ou de la phrase imprimés ne dépendent pas (ou très rarement : le cas des incipits) de la place qu’ils occupent sur le papier. C’est en effet tout le contraire en bande dessinée.

Au fil de son histoire, la BD a considérablement fait évoluer la dynamique du montage. Du narratif (fonctionnel) à l’esthétique (décoratif) : une affaire de spectacle.

La mise en page consiste à donner à la planche son unité à la fois narrative, rythmique et esthétique. Elle constitue en quelque sorte un compromis narratif et esthétique entre un tout et des éléments. La contrainte globale de la page impose en effet son format à l’auteur. A l’intérieur, les cases s’agencent, se meuvent : la planche est un puzzle à la combinatoire chaque fois renouvelée. La chaîne d’images y constitue un réseau d’articulations inscrit dans l’espace obligé de la page qui doit servir le récit à tout moment.

Ces articulations forcent le lecteur à regarder et à appréhender des segments de récit. Elles le guident également au fil d’axes visuels tantôt horizontaux, tantôt verticaux, ou d’effets qui n’excluent ni l’oblique, ni le cercle, ni la désorganisation apparente. Ces lignes de force imposées par les bulles, la forme des cases, la place des personnages, les jeux de couleurs, le jeu des cadrages « proposent » des parcours de lecture qui sont la marque de la mise en page.

Projet BD et sa progression en ULIS et ITEP

La trame de notre histoire.

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